• “Draw, archers, draw your arrows to the head! Spur your proud horses hard, and ride in blood."
     Richard III. Act V Scene III

    Le tir à l’arc à cheval.

    L’archerie équestre est la réunion de deux disciplines sportives traditionnelle : l’équitation et le tir à l’arc. La combinaison de ces deux sports provient de traditions asiatiques pour tenter de devenir un sport moderne.  

    L’objectif est de tirer dans un temps précis, des flèches au galop dans une ou plusieurs cibles en ligne droite ou sur un parcours de chasse vallonné, mais toujours sur une piste encadrée. Il y a une dizaine de type d’épreuves, en provenance des pays source.

    L’esthétisme du geste et la difficulté d’allier vitesse et précision en font tout le charme. La symbolique de l’arc et du cheval conjuguée, est très forte !

    L’âme de ce sport, c’est aussi le voyage et les rencontres culturelle, en Mongolie au Japon ou en Jordanie par exemple, lors des compétitions.

    Petit rappel historique !

    Le tir à l’arc à cheval apparait il y a 4000 ans dans la steppe, au Nord de la Mer Caspienne. Ainsi que les techniques de fabrication spécifiques aux arcs Asiatiques.

    De la Sibérie orientale aux plaines d'Europe occidentale, de la protohistoire aux temps modernes, l'arc  composite - né quelque part entre l'Oural et l'Altaï - a permis aux peuples nomades des steppes d'imposer leur domination sur les terres conquises au rythme du galop de leurs petits chevaux. L'arc des Steppes, Lucien-Jean Bord.

    Très vite la plupart des peuplades d’Asie centrale vont reprendre ces techniques de chasse et de guerre, et parmi ceux-ci, les Parthes, qui bloqueront la progression Romaine vers l’Est, grâce à leur mobilité dans les combats. Plus tard, Les Huns participeront à l’effondrement de l’Empire Romain, puis les déferlements TurcoMongoles Bousculeront la civilisation Musulmane, et provoqueront au final la chute de Constantinople. Entretemps l’invention de l’étrier en améliorant l’équilibre du cavalier, augmente sa précision de tir et rend les combats encore plus performants. Puis avec Gengis Khan, c’est l’effondrement de l’Empire Chinois et le contrôle de l’Eurasie, et des raids, de la Pologne à l’Indonésie. Vient enfin Tamerlan et son empire.

    Plus tôt, au III siècle de notre ère, l’archipel Nippon (et la Corée), subit une vague de migration d’archer-cavalier Sibérien qui influença considérablement toute la culture guerrière japonaise. Les attributs de la noblesse deviennent en effet l’arc et le cheval.

    Dans l’antiquité, en Egypte et en Chine notamment, le combat se fait aussi dans des chars, desquels, un archer tire ses flèches. En Chine également, après avoir très tôt équipé l’infanterie d’arbalète, et subi des revers important de la part des peuples nomades, les Chinois vont revenir à une importante cavalerie d’archer et tenter de combattre avec la même stratégie que leurs adversaires. Les Russes et les Polonais en feront autant quelques siècles plus tard.

    Seul l’Europe de l’Ouest fut culturellement épargnée. Il y eu bien quelques compagnies d’archer cavalier Français durant la guerre de 100 ans et quelques Anglais tirant à l’arc à cheval, mais de façon marginale sans incidence notable sur le cours de notre histoire. Pour les Polonais, les Russes ou les Hongrois, il en fut tout autrement au souvenir des Hordes Mongoles partant en campagne avec 3 millions de flèches dans leurs chariots et 8 ou 10 chevaux par guerrier.  Durant les croisades, les « Francs » éprouveront face aux turco-Arabes les combats d’archerie montée. Mais leurs armures feront face aux flèches et la mobilité des cavaliers Musulmans sera pour une fois de faible incidence sur le résultat des combats.

    En Inde, dans la caste des guerriers le tir à l’arc à cheval est présent et le mot archerie équestre devient au cours du temps la définition du mot « art martial ».

    En Chine et en Turquie, les corps d’élite sont constitués d’archer-cavaliers et d’une manière générale de la Hongrie au Japon, c’est le corps principal de l’éducation de la noblesse et des guerriers durant plusieurs siècles. On se rend compte ainsi de l’importance sur le plan historique et géopolitique de la puissance militaire et culturelle des peuples d’archer-cavaliers, qui ont foulés de leurs sabots les grandes civilisations e et fait chuter les trois plus grands empires de notre histoire, Rome, Byzance et la Chine.

    Au 17° siècle l’apparition des armes à feux fait définitivement disparaitre le combat à l’arc, sauf encore un peu chez les Bouriates ou les indiens d’Amérique du Nord.

    Mais au Japon les écoles Takeda et Ogasawara préserve, avec le Yabusame les techniques d’archerie équestre des samouraïs. Il est à noter que les écoles furent fondées au 12° siècle sur des traditions plus anciennes encore, et perdure de père en fils jusqu'à notre époque, ce qui en fait les plus vieilles écoles d’équitation du Monde. On y apprend aussi les techniques de dressage des chevaux, les franchissements d’obstacles et de rivières. Tout l’esprit du Bushido Japonais provient des techniques de la voie de l’arc et du cheval. A la fin des guerres féodales nipponnes, le tir à l’arc à cheval resta en faveur, pour forger le mental des guerriers, car au galop très rapide, sans contrôle du cheval avec les mains, le cavalier doit s’abstraire de ses peurs et se détacher de l’action en cours, pour se concentrer sur le tir de sa cible. La discipline est  imprégnée de la pensé Zen.  

    La redécouverte.

    Au 20° siècle dans l’élite sociale Américaine de la côte Est, on trouve quelques compagnies d’archer-cavalier dans les clubs d’équitation, essentiellement des cavalières. Puis dans la deuxième moitié du 20° siècle, en Asie, et en Europe quelques individus férus d’histoire médiévale tentent de redécouvrir les anciennes techniques, la gestuelle et la symbolique s’y rapportant. On peut noter en France quelques tentatives du chevalier d’Orgeix, le champion de jumping, de s’essayer à cette pratique sportive.

    Mais c’est surtout à la fin du 20° siècle, en Hongrie avec Lajos Kassai, qui durant 20 ans va parcourir différents pays pour retrouver les techniques anciennes, Kassai va proposer un renouveau de l’archerie équestre, en créant un centre international d’archerie monté, accueillant des stagiaires du Monde entier.

    Au Etats-Unis, c’est le facteur d’arc, Lukas Novotny qui effectue la même démarche avec succès. En Corée du Sud une association de maintien des traditions culturelles se crée avec le patronage de l’UNESCO, la WHAF ; World Horseback Archery Federation.  Elle propose depuis 2007 un championnat du Monde en Corée.

    En Europe, c’est l’Allemand Christian Schrade qui organise en 2008 en Allemagne, le premier championnat d’Europe et promeut la discipline dans différents pays d’Europe. Avec l’appui et le mécénat du Roi de Jordanie, il crée le plus grand événement mondial d’Horseback archery  en Jordanie avec ALFaris, qui réunit au mois de mai depuis 2011, plus de 20 nations dans une compétition fastueuse.

    Au cours des siècles, chaque peuplade dans chaque vallée utilisa son style et ses techniques, flèche à droite ou à gauche de l'arc, tir au pouce, ou avec 2 ou trois doigts, avec des arcs de 30 à 70 livres de puissance, selon les lieux et les époques.  On retrouve tout cela dans les compétitions modernes ! Epreuve rapide ou galop lent, techniques et arcs Mongoles, Japonais, Hongrois ou Turc, chacun selon ses souhaits et ses rêves peut s'exprimer. Toutefois, un léger antagonisme existe entre sport de compétition et maintien des traditions culturelles. Ce débat participe au dynamisme de la discipline.

    En France, c’est chez Thierry Descamps, dans le Nord, notre meilleur spécialiste national (Association Française de Tir à l’Arc à Cheval) et en Limousin, que se situe l’essentiel des pratiquants de ces traditions guerrières Asiatiques, devenues, loisir, spectacle ou art martiale.  En Normandie dans le cadre de la Fédération Française d’Equitation fut créé le Bajutsu, discipline reprenant des techniques de combat à cheval dont le tir à l’arc. D’autres cavaliers ont tenté en France de développer cette discipline ces dernières années.

    Difficultés rencontrées en Limousin pour le bon développement de la discipline

    La nécessité de beaucoup s’entrainer pour obtenir un résultat significatif freine quelque peu les cavaliers qui s’en tiennent souvent à une séance de découverte, comme pour l’équitation ou les arts martiaux l’entrainement se compte en année. Il faut de surcroit un arc, des flèches, un carquois, des cibles et des mesures de sécurités adéquates car les flèches volent à plus de 100 mètres.

    En 2012, ce sont des reprises chaque semaine chez Thierry Descamps et la participation avec podiums à des compétitions internationales. C’est aussi des compétitions internationales, Pologne, Hongrie et Jordanie.

    En Limousin, on butte sur les problèmes équestres, le postulant archer-cavalier est souvent un médiéviste ou un pratiquant d’art martial, homme quadra, volontaire mais pas cavalier… Dès la première séance, le constat, que quelques années d’équitation chères et difficiles seront indispensables pour pratiquer cette art, démotives nos aspirants guerriers. Quand à nos cavalières de club en pantalon bicolore, elle trouve cela très « fun » et ludique à souhait, « géniale » pour se déguiser, et faire un spectacle club de fin d’année.

    En Limousin, c’est une vingtaine de pratiquants occasionnels dans cinq clubs, une reprise hebdomadaire de 6 cavaliers, et 150 cavaliers par an qui viennent essayer une fois. elles sont déjà tellement prises par la préparation du galop 7 ou les compétitions de sauts d’obstacles, qu’elles ne trouvent pas de motivation pour s’entrainer au tir à l’arc.

    De surcroit, les mythes guerriers Asiatiques ou les Amazones, les laissent totalement indifférentes. Cette discipline a donc quelques soucis pour trouver son public de pratiquant. Les méthodes pédagogiques sont empruntées aux Hongrois, matinées d’esprit et de culture japonaise et l’ensemble est perfectible. L’absence de compétition ou d’examen en France nuit au développement de ce sport dans l’état actuel des choses.

    Animer les séances demande un moniteur d’équitation, cavalier-archer. Peut-être qu’un jour, la législation imposera aussi un moniteur de tir à l’arc ? Par contre la cavalerie, ne pose pas de problème particulier, les chevaux sont habitués dans les clubs aux jeux et animations. En principe, en quelques minutes, presque tous, sont désensibilisés, calmes et confiants.  Avec les chevaux des propriétaires, c’est plus compliqué.

    L’initiation en manège est fort simple, ludique et accessible à tous, le prérequis étant de savoir galoper sans tenir les rênes dans un couloir encadré et d’apprendre les techniques spécifique du tir à l’arc en mouvement. Tirer sa flèche, au trot ou au galop dans la cible, procure, dès la première séance, un grand plaisir. Ensuite encocher rapidement et tirer avec un peu de précision plusieurs flèches sur une ligne de galop en quelques secondes, demande un entrainement régulier, ou le calme et la concentration sont indispensables. On tire, vers l’avant, vers l’arrière, sur les côtés, vers le haut et parfois avec l’autre main, de façon ambidextre, dans des distances de 5 à 70 mètres.

    C’est excellent pour l’aisance, l’assiette et la coordination motrice du cavalier.

    C’est un  sport, du spectacle.  Un art martial ?      

    Tout reste à définir !

    Ce texte est une synthèse de plusieurs livres dont, « L'arc des Steppes, Lucien-Jean Bord, Jean-Pierre Mugg, Gerfaut Ed »  Et de ma perception très personnelle de ce sport. Je suis moniteur d’équitation, ni universitaire, ni historien, ni spécialiste de quoi que ce soit. Je reçois les remarques et les critiques avec le plus grand intérêt. Cavalier classique, diplômé en Japonais, j’ai enseigné l’équitation au Japon 15 mois et découvert  le Yabusamé comme spectateur.

    De retour en France, j’ai cherché à pratiquer cet art équestre. Je finis 13éme aux Championnat d’Europe 2012 en Hongrie, dont sur 4 épreuves, 3 fois dans les dix premiers et deux fois premier Français.

    Frédéric Luneau, février 2013.

    (Archerie équestre en Limousin sur FB)
     


  • Il n'y a pas de tradition d'archerie montée en Europe occidentale ; les archers étaient surtout des piétons et lorsqu'ils se déplaçaient à cheval, la stratégie de l'époque[Quand ?] était de mettre pied à terre avant l'affrontement.

    Le tir à cheval est donc issu de traditions asiatiques (Japon – Yabusame, Corée, Mongolie) ou d'Europe centrale (Hongrie). On peut deviner ces origines historiques dans la répartition géographique de l'archerie équestre. Ainsi le Japon, la Corée et la Mongolie comptent beaucoup de compétiteurs de haut niveau dans cette discipline. Elle est aussi pratiquée en Allemagne, en Pologne, en Hongrie, aux États-Unies et au Canada.

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    Archerie japonaise à cheval

    Traduction des sous-titres :

    Le Yabusame est un Rituel Shinto (Religion vénérant les esprits de la nature) effectué par des archers à cheval.

    Les archers tirent sur 3 cibles au triple-galop.

    Les archers qui ont touché les trois cibles sont drappés de blanc.

    Le Yabusame est destiné à amener paix et prospérité.

    Cet art remonte à environ 1500 ans.

    Les cavaliers sont vêtus d'habits de chasse du XIII ème sciècle.

    Autrefois, les samouraîs appelaient leur métier : "La voie du cheval et de l'arc."

    L'arc, et non le sabre, était l'arme-maîtresse du samouraï de premier ordre.





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