• 3. Le lâcher-prise

    Source : inconnue.

    Une flèche parfaite : la différence entre volonté et intention

    C'est la quête de chaque archer: tirer la flèche parfaite.

    Vous êtes parfaitement bien calé sur vos appuis, l'arc semble léger dans la main. Vous armez jusqu'à votre visage d'un geste fluide et souple à la fois. Le viseur se cale tout seul dans le jaune. Vous n'avez même pas à traverser le clicker, il suffit de placer votre intention et la flèche part toute seule. L'arc bascule vers l'avant presque au ralenti, et vous n'avez même pas besoin de regarder: vous savez très bien où elle va, vous l'aviez senti avant de la lâcher. Elle était predestinée à taper dans le jaune, en plein milieu de la cible.

    Les muscles du dos maintiennent l'arc presque sans effort, l'arc paraît léger comme une plume, basculant en apesanteur, votre poignet l'accompagnant à l'instant précis où la flèche quitte l'arc.

    C'est cette sensation de justesse et d'équilibre, d'avoir executé un geste avec plus de grâce et d'élégance qu'Apollon lui-même. Pendant un bref instant vous avez réussi à toucher cette partie de chacun d'entre nous qui dépasse le rationnel et l'analyse, qui ne s'explique pas mais dont nous sommes tous conscient à un niveau ou un autre.

    Le temps ralentit et semble s’arrêter. Votre concentration est juste, votre intention pure.


    C'est un instant de perfection

    Ensuite vous tirez une autre flèche. Je souris en écrivant ces lignes, et si vous êtes archer vous savez pourquoi. Vous savez très bien ce qui va suivre.

    Encore inspiré par votre geste, sentant l’étincelle divine qui coule dans vos veines, vous vous apprêtez à tirer une autre flèche parfaite.

    Un autre geste élégant et fluide. Une autre instant de perfection. Sauf que... cette fois notre volonté est engagée. Notre intention n'est plus pure. Cette fois on essaye de bien tirer. On veut que ça rentre. On sait qu'on en est capables.

    Mais là... impossible de répliquer volontairement le geste divin. On crispe un peu les doigts sur la corde. On fixe trop notre concentration vers l'avant, vers la cible, et pouf! La flèche part à coté. Si vous êtes bon, elle ne part pas trop loin, et dans l'ensemble vos flèches ne sont pas trop mal groupées. Vu de l'extérieur, c'est cool. Mais au fond de vous, vous savez. Ce n'est pas ce que vous recherchiez. Ce n'est pas l'excellence.

    Du coup vous essayez de vous détendre et de "lâcher prise"

    Vous essayez de laisser apparaître le geste parfait. Vous tirez une nouvelle flèche, et là c'est pire. Vous êtes trop relâché devant, vous n'avez pas assez fixé le bras d'arc, vous êtes un peu instable: la flèche part encore sur le coté. Pas trop loin, ce n'est pas trop grave, mais là encore au fond de vous vous savez: ce n'était pas tout à fait ça.


    Là commence la quête spirituelle de l'archer

    La recherche de cet équilibre entre lâcher prise et concentration, entre volonté et intention, entre accepter que la flèche parte selon son destin et s'appliquer de toutes ses forces pour qu'elle vole là où vous le souhaitez. Dans le tir à l'arc c'est flagrant, le geste étant tellement subtil et précis que la moindre crispation ou la plus petite hésitation fausse la trajectoire de la flèche.

    Mais combien de fois dans notre vie de tous les jours on se crispe et on obtient l'inverse de ce que l'on souhaitait, à force de trop vouloir contrôler la vie et en mettant trop de volonté dans une action? Combien de fois au quotidien on se fait du mal et on stresse par trop d'attachement au résultat, par trop d'emprise? Dans le tir à l'arc on est bien obligé de lâcher la flèche, aussi bien au sens strict de relâcher les doigts sur la corde qu'au sens mental de ne pas s'attacher au résultat en cible. La punition est immédiate et sans appel: on ne discute pas le point d'impact en cible. Soit elle est dedans, soit elle sort.

    Mais dans notre quotidien où on est si pressé, il faut qu'on fasse un effort conscient de laisser un peu aller les choses. On fait de notre mieux et on utilise tous les moyens dont on dispose, et ensuite on laisse faire la vie, conscients que nous ne sommes pas le centre de l'univers et qu'au fond on ne contrôle pas tout.

    Enfin... ça c'est le principe ;-)